La tunisie Medicale - 2017 ; Vol 95 ( n°010 ) : 847-853
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Summary

Introduction: The classification of performing universities in the world based on the number of citations of universities scientific publications.
However, the rate of publications resulting from theses to the Tunis Faculty of Medicine (FMT) is unknown.
Objective: To determine the publication rates of theses in indexed journals.
Methods: This is a descriptive study of theses of all specialties, supported in the FMT from 1 January 2008 to 31 December 2010. Articles from
theses had been searched in the database "Pubmed".
Results: In FMT, 806 theses were supported between 2008 and 2010. The distribution of theses across disciplines showed a predominance of
medical specialties (50%). Distribution of theses according to surgical specialties revealed that the obstetrics and gynecology was the most
productive specialty theses with 81 theses (10%). The index thesis was 0.70 theses per teacher per year. The studies were retrospective in
77.4%.. Of the 806 theses, 140 (17.3%) were published in indexed journals. Distribution of publications by discipline showed that 21.6% of theses
produced by medical specialties resulted in at least one publication in indexed journals. Sixty journals have made the support of 164 articles
from theses, dominated by" La TunisieMédicale" (45.7%). The articles were published in French in 73.8% of cases.
Conclusion: The rate of publications resulting from theses to the FMT, 17.3% between 2008 and 2010, is considered low. It should be improved
by more prospective studies, preferably written in English. Moreover, in a spirit of positive emulation for our faculty, it is recommended to include
the address of the FMT in signing publications.

Key - Words
Article



INTRODUCTION
Rappelons que le classement des 30 meilleures universités africaines pour l’année 2015-2016, publié par le Times Higher Education, comprenaiten 20ème, 21ème et 28ème position,trois universités tunisiennes, l'Université de Tunis où figure la faculté de médecine, l'École Nationale d’Ingénieurs de Sfax et l'Université de Sfax. Pour être inclue dans ce classement,une université doit avoir à son actif au moins 500 articles de recherche dans une période de cinq ans, avec un minimum de 50 articles par année. Le classement se base sur le nombre de citations dont les publications scientifiques d’une université font l’objet[1].
Nous estimons que la Faculté de Médecine de Tunis (FMT), en raison de ses conditions particulières,se doit d’améliorer son score,non pas seulement africain, mais également international : ancienneté de plus de 50 ans,spécialités au nombre de 56,tendance à l’élaboration detravaux de recherche de qualitéréalisés dans le cadre des thèses.Néanmoins, le nombre de publications issues des thèsesdes diverses spécialités, dans les revues indexées,n’apas été évalué à ce jour,à l’exception des thèses d’anatomie pathologique [2].
L’objectif de ce travail était de déterminer le devenir scientifique des thèses de doctorat soutenues à la FMT. Ont-elles fait l’objet de publications dans des revues scientifiques indexées ou sont elles restées lettres mortes ?

MÉTHODES
Nous avons procédé à une étude descriptive des thèses dans les diverses spécialités établies par la FMTetsoutenues dans cette facultédurant une période de 3 ans, du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010. Pour cela, nous avons consulté le registre des thèses du service de scolarité et relevécertains paramètres dont la nature de la discipline (médecine, chirurgie,sciences fondamentales et fondamentales et mixtes, médecine communautaire) et le nombre de thèses soutenues dans chaque spécialité afin de pouvoir rechercherles articles issus des thèses parus dans des revues indexées. Les investigations concernant les articles issus des thèses ont été recherchés dans la base de données « Pubmed ».
La productivité en thèses et en articles issus des thèsesa été évaluée par deux indices :
- l’indicede productivité thèse-enseignant, défini par le rapport du nombre de thèses réalisées dans une spécialité donnée sur le nombre d’enseignants de la spécialité;
- l’indice de productivité d’articles issus des thèses, correspondant au produit du nombre d’articles publiés par l’indice thèse-enseignant pendant la période considérée.
La requête a concerné le nom du thésard en prenant en considération, pour les thésardes, le nom de jeune fille et celui du mari, mais aussi le nom et le prénom dans ses différentes phonétiques. Lorsque la recherche était infructueuse, le nom du directeur de thèse dans ses différentes phonétiques, le mot clé principal ou le titre de la thèse ont été recherchés. Les résumés des thèses ont fait l’objet d’une lecture systématique. Nous avons également relevéle titre du journal, le nom de l’université ainsi quela langue de la publication. L'impact factor des revues a été relevé en consultant les sites web: www.latunisiemedicale.com et  http://www.hepatoweb.com.Les données ont été saisies dans un fichier Excel.

RÉSULTATS
À la FMT, 806 thèses ont été soutenues de 2008 à 2010 avec une moyenne annuelle de 268 thèses. La répartition des thèses soutenues dans les diverses disciplines établies à la FMT a montré une prédominance pour les spécialités médicales (403/806 thèses, soit 50%). Viennent ensuite les spécialités chirurgicales (294/806 thèses, soit 36,4%) puis lesspécialités fondamentales et fondamentales et mixtes (95/806 thèses, soit 11,8%). Les thèses ayant trait à la médecine préventive et communautaire,au nombre de 14, ne représentaient que 1,7% des cas.La répartition des thèses dans les spécialités chirurgicales a révélé que la gynécologie-obstétrique était la spécialité la plus productrice de thèses avec 81/806 thèses (10%), alors que les deux spécialités « chirurgie maxillo-faciale » et « vasculaire périphérique » n’ont produit que 2 thèses chacune (0,3%). Parmi les spécialités médicales, l’anesthésie réanimation était la plus productrice de thèses. Elleoccupait la seconde place de toutes les disciplinesavec 64/806 thèses (7,9%) alors que la médecine physique n’avait produit qu’une seule thèse (0,1%). Parmi les spécialitésfondamentales et fondamentales et mixtes, l’anatomie pathologique avait produit 39 thèses (4,8%), la pharmacologie, la parasitologie, l’anatomie normale et la microbiologie n’ayant respectivement produit que 2 thèses chacune (Tab. 1).
L’indice moyen annuel thèse-enseignant pour les spécialités chirurgicales était de 0,93.Lagynécologie-obstétrique a enregistré plus d’une thèse par enseignant et par année (1,52). Il en était de même de l’urologie (1,50), de l’orthopédie (1,17) et de l’ophtalmologie (1,02). Pour les spécialités médicales,l’indice moyen annuel thèse-enseignant était de 0,86 avec production de plus d’une thèse par année en anesthésie-réanimation (1,45), en dermatologie (1,17) et en néonatologie (1,14). Pour les spécialités fondamentales etfondamentales et mixtes, cet indice moyen annuel était de 0,47 avec une production de plus d’une thèse par enseignant et par année uniquement en anatomie pathologique (1,02). Pour la santé communautaire, l’indice moyen annuel thèse-enseignant était de 0,39. L’indice moyen annuel global thèse-enseignant pour l’ensemble des disciplines était de 0,7 (Tab. 1).Les indices de productivité thèse-enseignant les plus bas ont été observés en Médecine physique (0,14), en microbiologie (0,15) et en parasitologie (0,20). Les cinq spécialités (biophysique-médecine nucléaire, physiologie-exploration fonctionnelle, biologie-option hématologie, informatique médicaleet médecine aéronautique) n’ayant produit aucune thèse durant la période d’étude, leur nom n’a pas été mentionné dans le tableau 1.
Les études étaient rétrospectives dans 77,4% (624 thèses) et prospectives dans 22,6% (182 thèses).
Parmi les 806 thèses, 140 ont été publiées dans des revues indexées, soit 17,3% (Tab.2). La répartition des publications en fonction des disciplines a montré que 21,6% des thèses produites dans les spécialités médicales ont abouti à au moins une publication dans des revues indexées (Figure1), les taux les plus élevés ayant été relevés en rhumatologie (46,1%), en gastro-entérologie (40%), en psychiatrie (33,3%), en neurologie et en néphrologie (30,8%)(Tab.2). Parmi les spécialités chirurgicales, 50% des thèses produites en chirurgie cardio-vasculaire et en chirurgie maxillo-faciale ont été publiées dans des revues indexées, le taux le plus bas (3,3%)ayant été observéen ORL. Parmi les spécialités fondamentales, le nombre réduit de thèses produites en histo-embryologie, en microbiologie, en immunologie et en parasitologie contrastait avec le taux de publications indexées issues de ces thèses puisqu’il s’élevait respectivement à 33,3%, 50%, 66,6% et 100%. Les spécialités qui avaient enregistré un indice de productivité d’articles issus des thèsesdépassant 10 étaient la gynécologie-obstétrique, l’anesthésie-réanimation et la psychiatrie (Tab.2).
Parmi les 140 thèses ayant été publiées dans des revues indexées, 20 l’ont été deux fois et 2 trois fois. A noter que deux thèses ont fait l’objet de publications avant la date de la soutenance. Soixante revues ont constitué le support des 164 articles issus des thèses. La Tunisie médicale était la plus sollicitée (45,7%), suivie de la revue Encéphale (4,9%) et du Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction(2,4%), sachant que le facteur d’impact des revues a varié de 0,1 pour la Tunisie médicale en 2008 à 10,555 pour Blood en 2009 (Tab. 3).Parmi les 140 articles issus des thèses, 20 ont cité la FMT et/ou l’Université de Tunis El Manar. Les articles ont été publiés en français dans 73,8% des cas et en anglais dans 26,2% des cas.

DISCUSSION
Seulement 17,3%des thèses soutenues à la FMT entre 2008 et 2010 avaient été publiées dans des revues indexées. Le facteur d’impact des revuesétait bas, variant de 0,1 pour la Tunisie Médicale en 2008 à 10,555 pour la revue Blood en 2009. Ce déficit de publication risque de remettre en cause la renommée de nos institutions.
Le tauxmoyen des thèses soutenues à la FMT, toutes spécialités confondues, était de 268 thèses par an. Ilétait plus important que celui de la faculté de médecine de Monastir (FMM) (123) et que celui de la faculté de médecine de Sousse (75) [3,4], vraisemblablement en raison de l’effectif plus important des étudiants que reçoit la FMT chaque année.
Notre étude a montré que 50% des thèses ont été réaliséesdans des spécialités médicales. Ce résultat concordait avec l’étude menée à la FMM entre 2001 à 2005 où 45% des thèses soutenues provenaient des spécialités médicales [3]. De même, dans une étude togolaise portant sur les thèses de médecine soutenues à l’université de Lomé entre 1993 à 2002, 35,4% des thèses provenaient des services médicaux [5]. De tels résultats pourraient s’expliquer par le nombre plus élevé des spécialités médicales établies dans la discipline par rapport à celles des autres disciplines, ce qui impliqueun plus grand nombre de services et d’enseignants universitaires susceptibles d’encadrer les thésards.Néanmoins, la gynécologie-obstétrique, spécialité chirurgicale, était la spécialité la plus pourvoyeuse de thèses (10%), suivie par l’anesthésie réanimation (7,9%). Pour la FMM, les quatre spécialités les plus productrices de thèses étaient la pédiatrie (10,6%), la gynécologie-obstétrique (9,4%), l’orthopédie (7,8%) et la chirurgie viscérale (5,8%) [3]. En France, la médecine générale, spécialité à laquelle on accède généralement par le succès au concours d’internat, était la plus productrice de thèses pour les facultés de médecine de Lille (51% des thèses soutenues entre 2001 à 2007) et de Brest (42% des thèses soutenues entre 2001 à 2005) [6,7]. Notre étude a montré une disparité de l’indice de productivité des thèses selon les spécialités, témoignant d’une charge d’encadrement inéquitable. L’indice moyen thèse-enseignant à la FMT était de 0,7, sensiblement plus élevé que celui de la FMM (0,6 thèse par enseignant et par année) [3].
Le niveau de performance des universités prend en considération le nombre et la qualité des publications indexées [8]. À la FMT, les thèses ont fait l’objet de 17,3%de publications dans des revues indexées, taux relativement faible. Un taux comparable de publications indexées issues des thèses a également été rapporté par d’autres études. Il variait entre 14,3% pour les 616 thèses soutenues entre 2001 et 2005 à la FMM et 11,3% pour les 2150 thèses soutenues entre 2001 et 2007 à la faculté de médecine de Lille (Tab.4) [3,5-7,9-12]. Dans d’autres études, les publications découlant des thèses montraient des taux supérieurs, atteignant 34% pour les 634 thèses soutenues entre 1900 et 1999 dans certaines facultés de médecine de Croatie. Parmi ces thèses,11 (5%) ont fait l’objet de deux publications et deux ont abouti à trois publications [10]. En fait, seul leperfectionnement des thèses, notamment parl’amélioration des méthodes d’études et la validation des résultats, peut favoriser l’augmentation du nombre de publications dans les revues indexées. Aussi, plus d’efforts devraientêtre déployés par les enseignants de la FMT en méthodologie de recherche pour faireprogresserles études observationnelles prospectives par rapport aux études descriptivesde cas qui représentaient 77,4% dans notre étude. Dans les sciences fondamentales et fondamentales et mixtes,les études multicentriques gagneraient à être encouragées afin de favoriser leur diffusionà l’échelle internationale. Par ailleurs, les séminaires-ateliers de production d’articles à partir des thèsesmériteraient plus d’attention par les responsables de la FMT qui, compte tenu des recommandations des membres du conseil de l’université de la Manouba de juin 2015, réclameraient du corps enseignantd’enregistrer l’indication"Université de Tunis El Manar - Tunisie" dansleurs publications. Notons que le facteur d’impact des revues, qui est le reflet de leur qualité, variait de 0,1 pour la Tunisie médicale en 2008à 10,555 pour Blood en 2009. Ces chiffres étaientinférieurs à ceux de la faculté de médecine de Lille où le facteur d’impact des revues qui ont été le support des articles issus des thèses a varié de 6,86 à 14,78 [6].Parmi les facteursfavorisant les publications, on peut citer la rédaction des articles en langue anglaise [13].Ainsi, à la faculté de médecine de Lille, 70% des articles publiés étaient en anglais et il existait une différence statistiquement significative entre la langue de publication et le facteur d’impact des revues [6]. En Tunisie, une étude sur la recherche médicale a montré que 91% des articles médicaux tunisiens publiés entre 1965 et 1999ont été rédigés en français [14]. Entre 2008 et 2010, notre étude a révélé que ce taux avait seulement régressé à 73,8%, ce qui dénote de l’introduction relativement lente de la langue anglaise dans notre enseignement secondaire et, de ce fait, de son usage réduit par les enseignants en Médecine. Aussi, la valorisation de l’enseignement de l’anglais médical à la FMT permettrait une meilleure visibilité internationale de nos travaux et nous éviterait une certaine marginalisation.

CONCLUSION
L’indice moyen global de productivité de 0,7 thèses/enseignants/année à la FMT entre 2008 et 2010, tout comme le taux des thèses publiées dans des revues indexées (17,3%) et le facteur d’impact des revues dans lesquelles ces thèses ont été publiées sont relativement faibles, comparativement à d’autres facultés de médecine de référence. Aussi, il importe d’encourager, dans le cadre de nos séminaires-ateliers de production d’articles à partir des thèses, les travaux prospectifs, de préférence multicentriqueset leur rédaction en langue anglaise. Par ailleurs, il est recommandé de citer l’adresse de la FMT dans l’intitulé des publications.
  Tableau 1 : Indices de productivité thèse-enseignant dans les disciplines médicales de la FMT de 2008 à 2010

Figure 1 : Nombre de thèses publiées dans des revues indexées par rapport à l’ensemble des thèses soutenues dans les diverses spécialités établies de 2008 à 2010 à la FM

Tableau 2 : Taux des thèses soutenues à la FMT de 2008 à 2010 et publiées dans des revues indexées, selon les spécialités et indice de productivité d’articles

 Tableau 3 : Facteurs d’impact des revues indexées ayant constitué le support des articles issus des thèses

Tableau 4 : Pourcentage de publications par rapport au nombre de thèses soutenues dans certaines facultés de médecine

Reference
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